Élisabeth Borne soutient l’engagement des acteurs du transport aérien en faveur de la biodiversité aéroportuaire

Performance environnementale | 04 Mai 2018

Ce jeudi 03 mai 2018, Élisabeth Borne, ministre chargée des Transports, a ouvert le colloque biodiversité, grand rendez-vous des Assises sur la thématique environnementale.

Cette journée de conférence, animée par différents acteurs du monde aérien, scientifique et universitaire, a permis d’aborder l’engagement du transport aérien en faveur de la biodiversité aéroportuaire. Les débats se sont tenus autour des sujets suivants :

-  l’opportunité de la biodiversité pour le transport aérien et l’engagement du secteur en sa faveur, 
- la biodiversité, un atout pour une infrastructure industrielle, vecteur de sécurité aérienne,
- les modalités de gestion du couvert herbacé sur les prairies aéroportuaires.

 

Allocution d’Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports, prononcée le jeudi 03 mai 2018 - Hôtel de Roquelaure - Paris

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs

Le 26 mars dernier, dans le cadre du volet « Performance environnementale » des Assises du transport aérien, j’inaugurais le colloque « Aviation et climat ». Ce colloque mettait en exergue l’engagement du transport aérien dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La lutte contre le changement climatique est clairement le défi majeur du 21ème siècle mais la primauté et l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique ne doivent pas nous faire oublier d’autres défis environnementaux.

En tant que ministre chargée des transports, je porte une attention toute particulière à cette journée. En effet, je pense important d’encourager les entreprises de transport à intégrer dans leur mode de gestion des préoccupations qui ne sont pas, à première vue, au centre de leur domaine d’activité. Et il m’importe qu’elles contribuent à préserver ce bien commun qu’est la biodiversité.  

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La préservation de la biodiversité, c’est un défi mondial, considéré comme majeur par la France et par notre ministère. C’est une politique transverse à conduire, ensemble. Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès de Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, vous témoignera en clôture tout l’intérêt de travailler ensemble et d’y engager nos forces.

Je salue ici en particulier la présence du président du Museum national d’histoire naturelle, Monsieur Bruno David, et celle du directeur général de l’agence française pour la biodiversité. Et bien sûr, vous tous, aéroports, compagnies aériennes, associations, acteurs de la biodiversité. Je salue aussi la collaboration de deux grandes directions de ce ministère pour mettre en place et suivre cette politique : la direction générale de l’aviation civile  - la DGAC - et la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature - la DGALN.

Le programme de cette journée témoigne de vos fortes motivations.

Pour le secteur aérien, elles sont dictées par les impératifs de gestion des risques animaliers – aviaires en particulier - et par une gestion raisonnée des espaces verts des aéroports. Les deux impératifs de gestion se rejoignent et  permettent, à travers l’approche scientifique qui en est faite, d’avoir un bénéfice pour la biodiversité.

Pour les acteurs de la biodiversité, vous savez l’importance qu’il y a à trouver des solutions avec tous les acteurs des territoires et vous accompagnez avec engagement les acteurs de l’aérien. Tout ceci va être approfondi et se poursuivre avec succès, j’en suis convaincue.

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L’hypothèse d’une sixième extinction de masse générée par les activités humaines se vérifie de jour en jour. Avec la disparition de la biodiversité, disparait également une multitude de services écosystémiques - je pense à la pollinisation, la fertilisation des sols, la prévention des inondations - dont bénéfice l’humanité. On sait aussi que l’érosion des espèces aura des conséquences importantes en matière sociale et économique, conséquences qui sont encore mal appréciées aujourd’hui.

Comment contribuer à limiter ce nouveau bouleversement biologique ?

Comment concilier nos activités humaines et comment, dans le domaine des transports, une action qui prend en compte la biodiversité peut-elle être mûrement conduite ?

Des exemples existent. SNCF Réseau s'est lancée dans un projet pour généraliser une gestion écologique de ses lignes et notamment dans la restauration de la biodiversité sur les talus ferroviaires. Les directions du ministère, lorsqu'elles entretiennent les accotements des routes mettent en pratique un fauchage raisonné favorisant la biodiversité. Un exemple encore, RTE restaure des corridors écologiques sous ses lignes à haute tension.   

Comment l’aviation, dont l’objet principal est de répondre à la demande de transport aérien en toute sécurité, peut-elle agir aussi sur la biodiversité, au même titre que toutes les autres actions  de développement vertueux ? 

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Aujourd’hui, nos concitoyens évaluent les entreprises au regard de nouvelles exigences en matière de responsabilité sociale et environnementale. Et bien sûr le secteur aérien n’échappe pas à cet enjeu.

Cette responsabilité sociale et environnementale n’est pas nouvelle pour bon nombre d’entreprises. Si elle est difficile à appréhender, force est de constater que les entreprises en tiennent compte dans leurs modes de fonctionnement, à des niveaux différents, et doivent encore progresser.

Une infrastructure de transport, et l’ensemble des entreprises qui la font fonctionner, ont une multitude d’intérêts à intégrer l’environnement, et notamment la biodiversité, dans leur mode de gestion et leur processus décisionnel.  

D’abord, une infrastructure de transport est conçue pour durer dans le temps. Elle est donc particulièrement adaptée pour penser et construire une politique environnementale à long terme qui intègre la biodiversité dans son projet de développement. 

Ensuite, une infrastructure de transport ne perdure que si elle sait s’adapter à de nouvelles contraintes, si elle sait répondre aux nouvelles aspirations et aux valeurs auxquelles sont sensibles les personnes qui y travaillent et les usagers qui la fréquentent.

Le secteur de l’aviation, tout en étant plébiscité par de plus en plus de voyageurs, est souvent décrié en raison des nuisances qu’il engendre : je pense à la pollution et au bruit notamment. La notoriété de l’aviation n’est cependant pas définitivement figée et peut s’améliorer au fur et à mesure des engagements que prendront les acteurs de l’aérien en faveur de l’environnement puis des résultats qu’ils obtiendront.

En matière de rentabilité, l’intégration de modes de gestion en faveur de la biodiversité peut être une source d’économies de moyens pour les aéroports.  Certains aéroports nous le montrent par de nouveaux modes de gestion du couvert herbacé et du risque aviaire : suppression de produits phytosanitaires,  fauches moins fréquentes, utilisation des semis de plantes locales, choix de la composition des abords des pistes moins attractifs pour les espèces animales à risque.  Ces techniques permettent de réaliser des économies conséquentes sans remettre en cause la sécurité aérienne.

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La crédibilité de cette politique des exploitants en faveur de la biodiversité, et donc son développement dans le secteur aérien doit nécessairement s’adosser aux meilleures connaissances scientifiques et techniques disponibles. C’est le gage d’une bonne transition écologique et solidaire. Le concours apporté par les scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle et du Centre national pour la recherche scientifique est dans ce domaine particulièrement important.

L’État doit également être en mesure de répondre aux besoins des acteurs aériens en proposant des solutions adaptées aux défis qu’ils doivent relever en faveur de la biodiversité. La direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature, au sein du ministère de la transition écologique et solidaire bâtit une politique cohérente en faveur de la biodiversité, politique notamment fondée sur la mise en place d’une stratégie nationale pour la biodiversité. La nouvelle Agence française pour la biodiversité mobilise, organise et développe les savoirs, apporte conseils et expertise sur lesquels peuvent se fonder les décideurs.

Dans le domaine de l’aviation, depuis plus de 40 ans, les experts du service technique de l’aviation civile au sein de la direction générale de l’aviation civile proposent des solutions de prévention et de gestion du risque animalier. Ils accompagnent l’action des aéroports sur des sujets environnementaux tels que la lutte contre la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Ils doivent pouvoir s’appuyer sur les scientifiques et les démarches engagées pour aller plus loin et permettre d’étendre les pratiques de gestion des risques animaliers fondées sur la biodiversité.

Enfin, je voulais souligner l’apport du secteur associatif et notamment de l’association Hop ! Biodiversité, que soutient la DGAC. Ce projet regroupe aujourd’hui plus de 15 aéroports, des compagnies aériennes, des chambres de commerce et d’industrie et également le Muséum national d’histoire naturelle. L’objectif de cette association est d’améliorer la biodiversité sur les aéroports en évaluant les résultats obtenus par des méthodes scientifiques. Leurs méthodes, fondées sur la science participative, ont aussi le mérite d’engager les personnels des aéroports et des compagnies dans une politique où chacun peut jouer un rôle positif.

Je voudrais également saluer l’action de l’association « A tree for you », dédiée à la reforestation au sens large du terme, et donc favorisant la reconquête de la biodiversité, par les voyageurs aérien, ceux d’Air France dans un premier temps.

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Les efforts déjà accomplis ne sont pas vains, des résultats concrets sont là pour en attester.

Depuis quelques années, les aéroports français commencent à élaborer des techniques de gestion des espaces conciliant l’épanouissement d’une plus grande biodiversité et l’objectif prioritaire de sécurité du transport aérien.

Déjà, un nombre important d’aéroports s’est engagé dans la préservation des pollinisateurs et notamment des abeilles, par la renaturalisation et la préservation des prairies naturelles. Ces pollinisateurs permettent à leur tour de contribuer à la pérennité de nombreuses espèces végétales, dont certaines protégées, qui trouvent sur les emprises aéroportuaires les conditions favorables à leur épanouissement.

Parmi ces espèces végétales, on pourra citer le pigamon nain, l’ophioglosse ou la sabline des chaumes, classées parmi les espèces les plus menacées sur le territoire français.

Les protocoles scientifiques dédiés aux papillons ou au suivi photographique des insectes pollinisateurs, menés notamment sur les plateformes ayant adhérées à l’association Hop! Biodiversité, ont permis de mettre en évidence la présence d’espèces rares comme l’abeille-coucou, l’ascalaphe soufré ou le cuivré des marais.

Enfin, des inventaires menés sur différents aéroports révèlent que des espèces rares d’oiseaux sont de retour dans les prairies des aéroports comme le hibou des marais ou le moineau friquet. 

Vous le constatez, grâce à ces actions, le milieu de l’aviation a les moyens de devenir un acteur important de la protection de la biodiversité. Sans mettre en péril son niveau d’exigence en matière de sécurité liée aux risques animaliers et en particulier le risque aviaire.

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Pour conclure, je suis certaine que cette journée sera riche d’enseignements. Les témoignages des gestionnaires d’aérodromes doivent vous inciter à vous lancer dans des politiques intégrant la biodiversité à vos modes de gestion.

Les institutions publiques et les associations doivent vous aider à mener à bien vos projets. La science et l’expertise technique doivent vous permettre d’étayer toutes vos actions en faveur de l’environnement. Dans le domaine de la protection et de la valorisation de la biodiversité, cela sera sûrement dit et répété lors de cette journée, les acteurs du transport aérien ont une mission toute particulière à remplir.

En effet, la France compte plus de 550 aérodromes dont la surface  représente plus de 400 km². Cette superficie équivaut à celle d’un parc national. Si tous les acteurs de l’aérien se mobilisent, les espaces aéroportuaires peuvent jouer un rôle important à l’échelle du territoire national, pour la biodiversité, la pollinisation, l’assainissement de l’air et de l’eau ou encore le stockage du CO2.

C’est pourquoi je souhaite que les initiatives que j’ai rappelées ce matin soient amplifiées et progressivement étendues à tous les aéroports métropolitains et d’Outre-Mer. J’ai également demandé à mes services de tirer les enseignements de l’expérience acquise et de les formaliser par des guides de recommandations pour la gestion de la faune et de la flore sur les plateformes aéroportuaires. Enfin, je souhaite que les Assises soient l’occasion pour les exploitants d’aéroports de faire part de leurs idées et propositions en faveur de la protection de la biodiversité.

Pour finir, permettez- moi de citer le grand écrivain italien, Italo Calvino. Dans son conte philosophique et écologique, « Le baron perché », il nous raconte l’histoire d’un baron décidant de passer sa vie dans les arbres parce que « pour bien voir la terre, il faut la regarder d’un peu loin ». Dans l’aviation, vous avez le privilège de pouvoir regarder la terre d’un peu plus loin. Vous devez vous donner les moyens d’agir pour la préserver.

 

Je vous remercie.

 

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