Boubacar Djibo

Boubacar Djibo - Directeur du transport aérien OACI : « La protection de l’environnement est un élément clé de la durabilité du transport aérien »

Consultation | 26 Mars 2018

Ce lundi 26 mars 2018, Boubacar Djibo, Directeur du transport aérien de l’OACI, a assisté au colloque « Aviation et Climat » premier grand rendez-vous de ses Assises sur la thématique environnementale. Monsieur Djibo a rappelé l’engagement de l’OACI en faveur de la lutte contre le changement climatique et a présenté la politique environnementale de l’organisation ainsi que les différents axes développés dans le cadre du « panier de mesures ».

Discours de Boubacar Djibo, Directeur du transport aérien, prononcé le lundi 26 mars 2018 - DGAC - Paris

Madame la Ministre, 

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Au nom du Président du Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), M. Olumuyiwa Benard Aliu, j’ai l’honneur et le grand plaisir de prendre la parole devant la présente Conférence sur la performance environnementale de l’aviation, à l’invitation de Madame la Ministre.

Je transmets à Madame la Ministre et à vous les profonds regrets de M. Aliu, qui ne peut être présent aujourd’hui.

Les Assises du Transport aérien ont l’ambitieuse tâche d’examiner et d’établir une voie pour assurer la compétitivité du secteur aéronautique en France. 

Au-delà de ce qui pourrait être considéré comme une préoccupation purement économique, les cinq thèmes des présentes Assises font appel à la notion plus vaste du développement durable et, en cela, sont alignés sur les Objectifs stratégiques de l’OACI, à savoir la sécurité aérienne, la capacité et l’efficacité de l’espace aérien, la sûreté et la facilitation de l’avaiation, le développement économique du transport aérien et la protection de l’environnement. 

L’OACI est l’institution spécialisée des Nations Unies chargée d’aider ses 192 États membres en élaborant et diffusant des normes, des pratiques recommandées et des politiques qui appuient la sécurité, la sûreté, l’efficacité, la compétitivité et la durabilité du secteur aéronautique international.

La protection de l’environnement est un élément clé de la durabilité du transport aérien et, dans le contexte de la croissance prévue du trafic et des changements climatiques, mesurés maintenant à l’échelle mondiale, elle est aujourd’hui une priorité essentielle pour l’ensemble de notre secteur. 

L’OACI a toujours atteint des résultats de premier ordre dans le domaine de la protection de l’environnement, comme ce fut le cas à la 39e session de l’Assemblée de l’OACI en 2016, lors de laquelle nos États membres ont écrit l’histoire en adoptant la toute première mesure basée sur le marché pour un secteur international, le Régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale ou « CORSIA ». 

Cette entente phare de l’OACI appuie les grandes aspirations énoncées dans le fructueux Accord de Paris conclu à la COP 21 de la CCNUCC en novembre 2015, dans laquelle la France a joué un important rôle moteur. À cet égard, nous saluons chaleureusement les initiatives continues de la France pour relever les défis des changements climatiques, qu’elle mène avec une grande détermination et un grand sens du leadership, comme elle l’a démonté, entre autres, en accueillant en décembre dernier le sommet One Planet Summit

Depuis la conclusion de l’entente sur le CORSIA, l’OACI poursuit ses travaux en vue de l’adoption de normes et d’orientations techniques qui permettront sa mise en œuvre dans les meilleurs délais. 

Ainsi, à compter du 1er janvier 2019, tous les transporteurs aériens internationaux commenceront à assurer le suivi et à rendre compte de leurs émissions respectives de CO2 attribuables au trafic international. 

De plus, à partir de 2021, les États participant au CORSIA commenceront à se conformer aux exigences du régime pour ce qui est de l’achat de compensations. 

L’OACI reconnaît qu’à cet égard le temps presse ; par conséquent d’ici juin 2018, nos États membres auront adopté les normes et pratiques recommandées nécessaires régissant les activités du CORSIA relatives au suivi, au compte rendu et à la vérification des émissions. 

Jusqu’ici, 73 États comptant pour près de 88 pour cent du trafic international ont confirmé leur participation volontaire à la phase pilote du CORSIA, de 2021 à 2023. 

M. Aliu a jugé essentiel que je vous fasse part de ses éloges sur l’engagement ferme qu’ont démontré les États en adoptant le CORSIA et de sa conviction que cet engagement a de nouveau confirmé le leadership de longue date dont notre secteur fait systématiquement preuve dans les domaines de la durabilité environnementale et de l’atténuation des effets des émissions. 

Ces récentes réalisations concernant les changements climatiques au niveau mondial ont montré à quel point notre secteur est résolu à réduire son empreinte environnementale. Les aéronefs modernes sont aujourd’hui 80 pour cent plus efficaces au chapitre de la consommation de carburant et par conséquent moins polluants que les premiers avions à réaction des années 60. 

Dans ces deux domaines liés à l’environnement, les progrès ont été constants. L’OACI et ses États membres avancent à bon rythme également grâce à de nouvelles approches de gestion du trafic aérien plus efficaces, telles que la navigation fondée sur les performances (PBN) et la gestion des courants de trafic aérien (ATFM), ainsi qu’à des améliorations de l’efficacité des procédures opérationnelles qui s’inspirent de notre plus récent Plan mondial de navigation aérienne (GANP) et de ses lignes directrices pour une mise en œuvre progressive dans le cadre de la mise à niveau par blocs du système de l’aviation (ASBU).

Je dois aussi souligner qu’en mars 2017, le Conseil de l’OACI a adopté une nouvelle norme sur les émissions de CO2 des avions, ce qui a fait du transport aérien le tout premier secteur à adopter une norme mondiale de certification de conception pour l’aider à régir ses émissions de CO2.

En 2017, la Conférence de l’OACI sur l’aviation et les carburants alternatifs (CAAF/2) a recommandé une nouvelle Vision sur les carburants d’aviation durables pour 2050, qui a été adoptée récemment par le Conseil de l’OACI. 

Cette Vision pour 2050, inspirante et dynamique, invite aujourd’hui les États, l’industrie et d’autres parties prenantes à commencer à remplacer une importante proportion de carburants d’aviation classiques (CAF) par des carburants d’aviation durables (SAF) d’ici 2050. 

Il est à espérer que cette vision encouragera maintenant les États membres de l’OACI à mettre au point leurs propres filières de production de carburants d’aviation durables, ce qui donnera un élan supplémentaire à nos efforts pour atténuer les changements climatiques et atteindre les objectifs ambitieux mondiaux de l’OACI, qui sont d’améliorer de 2 pour cent chaque année le rendement du carburant et de réaliser une croissance neutre en carbone d’ici 2020.

Ce progrès soutiendra de manière importante l’atténuation déjà réalisée par l’intermédiaire de l’OACI grâce à des mesures telles que des innovations technologiques touchant les aéronefs, les moteurs et l’avionique ; la rationalisation des procédures de navigation aérienne et de gestion du trafic aérien en vue de réduire la consommation de carburant et les mesures du CORSIA basées sur le marché et applicables à l’échelle mondiale pour réduire les émissions. 

Cela dit, il ne faut pas oublier que l’OACI œuvre sans relâche depuis les années 70 à réduire ou à limiter le nombre de personnes exposées à la pollution de l’air attribuable aux aéronefs et aussi, depuis les années 60, à atteindre des objectifs similaires pour ce qui est du bruit des aéronefs. 

L’incidence des normes successives de l’OACI en matière de certification acoustique des aéronefs donne à entendre que, dans le cadre d’un scénario technologique exigeant, il est probable aujourd’hui que l’aviation internationale puisse avoir une croissance neutre en bruit. 

La nouvelle norme sur les particules non volatiles visant les moteurs d’aéronefs, adoptée par le Conseil en 2017, conjuguée à la mise en œuvre d’une norme sur les NOx plus rigoureuse, devrait contribuer à limiter ou à réduire sensiblement la pollution de l’air aux aéroports et dans leur voisinage, de concert avec des stratégies appropriées de gestion des émissions locales. 

En plus de ces domaines classiques des travaux de l’OACI en environnement, de nouveaux enjeux tels l’adaptation aux changements climatiques, l’économie circulaire, les aéroports respectueux de l’environnement et les énergies propres monopolisent l’attention de notre Organisation. 

L’année 2019 devrait être celle des premières étapes en vue de l’adoption par l’OACI de documents clés dans ces domaines, qui s’ajouteront aux travaux entrepris il y a trois ans. 

Notre engagement sur des questions telles que l’économie circulaire des énergies propres témoigne du rôle de l’aviation internationale comme catalyseur des progrès sociétaux, dans l’esprit des Objectifs de développement durable de l’ONU. 

À titre d’institution spécialisée des Nations Unies, notre mission est de veiller à ce que tous nos États membre aient accès aux ressources dont ils ont besoin pour rejoindre les autres États sur le chemin du développement durable. 

Il est de notre intérêt commun de veiller à ce que les normes et politiques environnementales relatives à l’aviation soient mises en œuvre partout dans le monde, conformément à l’initiative phare de l’OACI en matière de renforcement des capacités, Aucun pays laissé de côté.

L’Organisation a déjà établi avec succès deux partenariats de cette nature : l’un avec l’Union européenne, qui prête assistance à 14 États des Caraïbes et de l’Afrique dans l’élaboration de leur plan d’action national concernant les activités de réduction des émissions de CO2 pour l’aviation internationale et l’autre, avec le Programme des Nations Unies pour le développement et le Fonds pour l’environnement mondial, qui a mené à l’élaboration d’éléments indicatifs sur les aspects cruciaux de la mise en œuvre de mesures relatives à une aviation à faible production de carbone. 

Mesdames et Messieurs, Chers collègues

Les États membres de l’OACI et leurs parties prenantes tirent largement profit de ces activités de renforcement des capacités et d’assistance, qui facilitent le partage des mesures pour une aviation internationale produisant moins de carbone. 

Il est prévu que les Assises du Transport aérien définiront une vision d’un avenir durable pour l’aviation en France et, à cet égard, permettez-moi de partager avec vous l’un des espoirs de l’OACI quant à cet avenir. 

Nous sommes convaincus actuellement que le transport aérien « porte-à-porte » peut être sans carbone, tant pour les marchandises que pour les passagers, grâce à l’emploi des toutes dernières technologies pour les aéronefs, les aéroports, le matériel de servitude au sol et les installations de navigation aérienne. 

Ces technologies visant à réduire, voire à éliminer, les émissions seront renforcées par de nouvelles politiques sur la mobilité intégrant la planification des aéroports et le développement urbain. 

Cette vision pourrait devenir notre héritage commun et l’OACI considère que l’organisation par la France des présentes Assises du Transport aérien est un pas vers la réalisation de cet avenir plus durable. 

Je vous remercie.

Back to top